Lundi 15 Septembre 2008, © La Liberté de l'Est / VOSGES / VOSGES
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Récolte catastrophique pour l'apiculture

 

Cette année, la récolte de miel est deux à trois fois inférieure à celle enregistrée l'an dernier.
La mortalité des abeilles a atteint 45 % en moyenne dans le département l'hiver dernier, selon la direction des services vétérinaires. (Photos Patrick GLESS)
Les apiculteurs vont devoir piocher dans le stock pour passer l'hiver.
De mémoire d'apiculteur, jamais une récolte de miel n'avait été aussi faible. La faute à un climat déréglé et aux agressions multiples que subissent les abeilles.
Les abeilles ont le bourdon. Et les apiculteurs avec. La récolte de miel de cette année est calamiteuse, en moyenne 2 à 3 fois inférieure à l'année dernière. Il y a même des apiculteurs qui n'ont rien récolté du tout. Inquiétant. "L'an dernier, j'avais récolté 800 kg de miel de colza. Cette année à peine 240 kg avec le même nombre de ruches", témoigne Jean-Paul Leroux, installé à La Voivre au nord de Saint-Dié, qui assure ne jamais avoir vu pareille situation depuis 40 ans qu'il fait son miel. Même son de cloche à Basse-sur-le-Rupt, chez Jean-Paul Géhin. "On a récolté trois moins que l'an dernier." Dans la plaine, la situation est un peu moins critique. "On a la chance d'avoir des jachères, des champs de colza. Ça nous a permis de limiter la casse, mais la baisse est tout le même de 50%", souligne Régine Hugo de Ville-sur-Illon.

Parasite mutant

Une situation imputable à plusieurs facteurs, à commencer par le dérèglement de plus en plus palpable du climat. "L'an dernier les reines ont arrêté la ponte en août à cause du froid, puis elles ont repris en octobre et en février. Les noisetiers fleurissaient en plein hiver ! Ensuite, il a gelé à -10 degrés et tout a été perdu", explique Jean-Paul Géhin. Bref, il n'y a pas eu d'hivernage, donc de vrai repos pour les colonies qui ont eu les pires difficultés à se mettre en route au printemps. D'autant que là encore, le climat a fait des siennes. Car de printemps il n'y en a pratiquement pas eu. Le thermomètre n'a cessé de faire du yo-yo et la pluie s'est invitée plus souvent qu'à son tour. Conséquence, même si les floraisons étaient au rendez-vous, le nectar n'a pas toujours eu le temps de monter. Et ce n'est pas tout, car outre les pollutions, et l'usage d'engrais chimiques en agriculture qui perturbe le développement des larves, les apiculteurs doivent maintenant faire face à des parasites mutants. On connaissait le Nosema apis. Il faudra désormais compter avec son grand frère le Nosema ceranae, beaucoup plus virulent et destructeur. Conséquence, les pertes dans les colonies ont été particulièrement élevées l'hiver dernier. " 45% de mortalité en moyenne sur le département", souligne Jean-François Hatier, en charge de la surveillance des abeilles à la direction départementale des services vétérinaires (DSV). Et d'ajouter : "Il y a une quinzaine d'années, on observait des pertes de 5 à 10% sur le cheptel, chaque hiver. Ce qui était normal. Depuis quelques années, ce chiffre est monté à plus de 20%." Des événements à répétition qui inquiètent sérieusement le monde apicole. Quelques professionnels commencent à s'interroger sur la pérennité de leur activité. "On vit sur nos réserves de l'an dernier, mais si les mauvaises années venaient à se répéter, les beaux miels de nos région finiraient par devenir des denrées rares", conclut Jean-Paul Leroux. ----- La fête au Petit Bichon ----- Même si l'année 2008 a été la pire depuis le début de son activité, Jean-Paul Géhin a voulu maintenir la fête qu'il organise depuis maintenant huit années dans son rucher du Petit Bichon à Basse-sur-le-Rupt. Extraction de miel en direct, découverte de la vie des abeilles derrière une ruche vitrée, rien n'a manqué pour installer d'emblée les visiteurs dans le monde apicole. En marge, une dizaine d'exposants : producteurs de bluet, de fois gras, de plantes médicinales, de sirop ou de viande fumée avaient fait le déplacement, donnant à la fête un petit air de marché de montagne. Les plus petits y ont également trouvé leur compte autour des animaux de la ferme. Vaches, veaux, moutons, lapins, poules sans oublier la chèvre "lolita" étaient de la partie. Le tout amené par des chants et des contes. Mais aussi des dégustations de produits du terroir avec bien sûr du pain d'épices et des miels du rucher.


JEAN-MARC TOUSSAINT